Mes deux moi se font la guerre, c'est comme tout, deux puissances se font toujours la guerre, c'est évident, ça peut pas être autrement, c'est pas envisageable, l'égalité se fait la guerre, et mes deux moi se font la guerre. Un matin, un de mes deux moi se réveille et me dit de faire ça et ça, et moi je réfléchis pas, pourquoi je réfléchirais, j'ai pas le choix, demain ce sera différent, je serais différente et je pourrais rien y faire, c'est un peu une fatalité voyez-vous, je n'sais pas ce que je veux, je n'sais pas ce que je vaux et c'est très fâcheux. Et le lendemain je me réveille, et je me dis, mais qui étais-je hier, j'ai dit et fait n'importe quoi, ça me ressemble pas, pourquoi j'ai parlé à cette personne, pourquoi j'ai fréquenté cet endroit, ah non, ah non non non, c'est pas du tout moi, c'est dingue, je m'étais pourtant dit d'arrêter ce double jeu, ce double je. Et le surlendemain mon premier moi domine et s'énerve, merde mais pourquoi me suis-je rebellée hier, il est mieux que je fasse comme tout le monde, faire semblant ça vaudrait mieux pour ma peau, au moins j'aurais des copains ; c'est toujours mieux, même si c'est pas sincère, que d'être associable.
Je la vois de ma chambre la route, j'ouvre la fenêtre, je respire l'air de la nuit, l'air de la solitude, et je vois de loin cette route, qui m'attends, qui m'entends, elle sait que je suis faite pour elle, elle sait que je ne rêve que d'elle. C'est comme une évidence, si je n'etais pas né, la route n'existerait pas, et désolé pour la prétention, mais je parle généralement, les gens comme moi sont nés pour vivre sur les routes et quelle putain de merde dêtre bloqué, d'avoir à attendre.